C'est au milieu d'un banc de galets déposé lors de la crue de 2008 (quelques images), que j'ai trouvé cette souche échouée de ce qui reste d'un peuplier déraciné. Pour situer un petit peu, ça fait une cinquantaine d'année que la Durance n'est plus libre de ces mouvements et qu'elle s'écoule tout doucement dans un lit qui semblent être trop grand pour elle. Mais parfois, la fonte des neiges conjuguée avec de fortes précipitations entrainent un débit important des affluents du Barrage de Serre-Ponçon. Pour éviter un débordement des structures de retenues, EDF procède à un largage massif dans le lit de la Durance (wikipédia). Le paisible cours d'eau au débit de quelques mètres cubes par seconde se transforme en un flux dévastateur de plus d'un millier de M3/s. Toute la végétation qui avait recouvert au fil du temps les rives est débarrassée. Après ce terrible épisode, des monticules de bois sont agglomérés tout au long du cours ou parfois comme ici, déposé sur un linceul de galet blanc jusqu'à la prochaine crue.

ton/ton.
Lors de mon premier passage, j'ai observé cette souche, je l'ai prise en photo pour garder son aspect en souvenir et j'ai continué ma petit balade. C'est en revenant sur mes pas quelques dizaines de minutes plus tard, que j'ai vu le potentiel de celle-ci. J'ai commencé par récolter des galets blancs pour faire un contraste avec cette cage de bois. Et puis, au milieu de ces galets de couleurs claires se cachaient de très beaux galets de marnes aux couleurs variantes de marron. En définitive, je les ai trouvé bien plus beau que les autres galets et un assemblage ton sur ton était intéressant à tenter. Je suis très satisfait de cet ensemble que l'on peut découvrir que si on a la curiosité de s'approcher pour regarder cette souche.

Ces photos, vidéos, textes, constituent vraiment un bel ensemble d'éléments complémentaires et non redondants.
RépondreSupprimereffectivement le ton sur ton rajoute une matière, une forme,un mouvement en harmonie...le contraste aurait été trop évident . c'est très beau!La deuxième est un tableau!et les autres en sont l'histoire.
RépondreSupprimerMerci Franck! Toutes les réponses finissent par arrivée, je ménage juste le suspens. Souvent, je ne suis pas très inspiré quand j'écris et je dois me confronter à la page blanche pour trouver un nouvel angle d'approche.
RépondreSupprimerMerci Flo! Il fallait donc attendre pour voir la fin de cette histoire. :))
David
un beau sépia pour ce cairn qui se laisse découvrir au creux des racines. Ma préférée est également la deuxième pour ce que le contexte nous raconte du cairn et vice versa.
RépondreSupprimerLe sépia n'est pas voulu, c'est un réglage sur mon appareil photo qui fait ça pour les temps nuageux. Ça va encore avec les couleurs qui sont aussi à dominante marron.
RépondreSupprimerAh oui, le cairn, j'ai abandonné la lecture du livre en route en préférant lire autre chose mais j'y reviendrais prochainement. Ici, c'est plutôt la souche qui fait cairn au milieu de cette étendue de galet même si elle n'indique aucun chemin hormis le sens du courant.
David
Ce cairn est ta façon d'indiquer que cette souche est remarquable... "ceci est une oeuvre d'art".
RépondreSupprimerCette image est effectivement magnifique, d'une grande densité; je ne sais pas combien coûte un tirage 80x120 sur support aluminium (ce qu'utilise Udo pour ses expos entre autre), mais je pense qu'elle mériterait une mise en valeur très qualitative.
encore faudrait-il que le fichier supporte l'agrandissement. Pour un tirage 50/40 c'est environ 30 euros. Je vais en faire prochainement. Mais honnêtement au delà de ce format l'image devient de moindre qualité même vue de loin. Udo et Goldsworthy bossent avec des moyen format donc forcément ça fait toute la différence.
RépondreSupprimerSinon Franck quand tu dis "ceci est une oeuvre d'art", tu parles de la souche seule ou bien de la composition finale. car s'il s'agit de la souche seule et bien tu sous entend que la nature fait "oeuvre d'art"... faut qu'on en parle.
Parlons-en... (attention monologue dépassant 4096 caractères!)
RépondreSupprimerEn fait, par cette phrase, je faisais allusion au "ready made" de Duchamp.
Voici un morceau choisi de ce que dit de lui Wikipédia
"Marcel Duchamp a révolutionné la conception académique de l’art qui, jusqu'alors, ne jugeait la valeur d'une œuvre qu'à l'aune des efforts et du travail dispensés pour une finalité édifiante. L'hétérogénéité de ses moyens d'expression et la complexité de ses œuvres, de la peinture (Nu descendant un escalier en 1913), à l'installation plastique la plus hermétique (Étant donnés..., inachevée en 1966) en passant par les objets « tout fait » (Fontaine (un urinoir), Porte-bouteilles) décrétés œuvres d'art par sa seule volonté, associées à sa constante revendication du « droit à la paresse », ne permettent de le classer dans aucun des mouvements artistiques du xxe siècle. Duchamp a traversé le cubisme, le futurisme, Dada et le surréalisme en s'excluant de lui-même de tout courant."
Je ne prétendrais pas être capable de définir l'art de façon définitive, mais il me semble en tout cas qu'il s'agit de quelque chose qui nécessite un auteur, un medium, et un spectateur. Le medium est l'oeuvre qui n'est pas nécessairement un objet matériel d'ailleurs.
A moins de considérer la Nature, avec une majuscule comme une entité métaphysique (spéciale dédicace à Flo), la souche telle que tu l'a trouvée dans son milieu n'est pas en elle-même une oeuvre d'art.
Si tu la prends en photo, "dans son jus", ta subjectivité va se manifester, tu va produire une oeuvre photographique qui ne sera pas la souche, mais l'image de la souche.
Si tu transportes la souche dans une galerie, ta subjectivité va également se manifester, tu feras exactement comme Duchamp avec son urinoir, tu modifieras notre regard sur la souche, en faisant du même coup une sculpture, un "ready made".
Si tu laisses la souche sur place, mais que tu fais en sorte, par un dispositif quelconque d'attirer l'attention du promeneur sur ses qualités plastiques, tu en fais une oeuvre d'art (comme en l'installant au musée).
Si on en revient à ton intervention, il me semble qu'il y a plusieurs niveaux dont l'imbrication est intéressante:
On peut considérer les trois images comme des oeuvres photographiques.
On peut considérer ta première image comme une oeuvre exclusivement photographique.
On peut considérer l'équilibre comme une construction plastique, donc comme une oeuvre en elle-même, ta troisième image en étant la "documentation"
De la même manière, son inscription dans la souche fait de l'ensemble souche+équilibre une construction plastique "documentée" par la deuxième image.
Si à la manière de Goldsworthy (souvent) et de Udo (presque toujours) cette installation est conçue et réalisée non pas tant pour être expérimentée in situ que pour la photo, on peut considérer que la photo n'est pas une oeuvre photographique sur une oeuvre d'art, mais que la photo fait partie intégrante de l'oeuvre.
Le point particulier qu'il m'intéressait de relever a trait au cairn qui n'est pas une forme neutre. Le cairn est un signal, une indication, un jalon qui attire l'attention, c'est pour cela que j'aimais bien l'idée de considérer, dans le cas présent le cairn non pas comme une construction plastique, mais comme un moyen "fonctionnel" de désigner la souche comme étant remarquable... une sorte de panneau indicateur, de flèche disant "ceci est une oeuvre d'art".
J'ai envie de regarder ce cairn non pas comme une sculpture (en tant que tel, celui-ci n'a en plus rien d'extraordinaire), mais comme un point doré d'herman de vries.
(à suivre)
(suite)Si je devais faire la scénographie d'une expo avec ces travaux, j'associerai cette deuxième image tirée le plus grand possible sur alu associée à deux moniteurs diffusant en boucle "galets en équilibre" pour l'un et "la blanche impétueuse" avec le son, pour l'autre et j'éviterais d'associer les deux autres images qui ont un caractère plus "documentaire" et trop classique de mon point de vue.
RépondreSupprimerJe trouve que ces trois documents entretiennent les uns avec les autres des rapports qui vont au delà de la simple explication didactique de relations de cause à effet (l'eau qui charrie la souche; la main qui construit l'équilibre instable)... chaque document a sa propre autonomie, sa propre histoire... ensemble ils se renforcent.
Si j'évoque cela, ce n'est pas pour prétendre que je sais comment il faut présenter ces oeuvres, il y a mille et une façons de le faire, mais pour insister sur l'incidence sur le sens que peut avoir la présentation (ce qui est intimement lié au sujet de ta question).
Par exemple, réaliser un tryptique avec les trois images donnerait un caractère plus documentaire: avant/après, et insisterai plus sur ta performance que sur ton regard, plus sur le caractère sculptural du cairn que sur la mise en évidence des forces de l'eau et de la gravité.
on est d'accord, c'était juste l'ambiguïté de ta phrase qui laissait pensée que juste cette souche seule, sans prise de vue, sans installation, sans mise en valeur, pouvait être considérée comme de l'art. En même temps, poser le regard dessus c'est déjà la faire exister, c'est déjà une prise d vue, c'est déjà une mise en scène...
RépondreSupprimerJ'ai mal au crâne moi ce soir.
Oups! j'avais pas fait gaffe, je pensais que c'était David qui était l'auteur du com auquel j'ai répondu...
RépondreSupprimerL'habitude et le nombre d'expositions auxquelles franck se déplace affûte son regard sur le potentiel exploitable en "galerie" ou "expo"des techniques et oeuvres présentées par les uns et les autres...et c'est un point de vue que très généreusement et spontanément il partage et dont on ne peut se passer!
RépondreSupprimermoi je trouve ça très enrichissant tous ces échanges car,à mon sens, personne ne peut dire qu'il reçoit moins ou plus que ce qu'il donne!
contente de vous connaitre!
:-)
Merci pour tout cela Franck, ça donne matière à réfléchir et à prendre différemment en compte la présentation de mes travaux. Mais bizarrement, sans avoir lu vos messages ce weekend (parce que je n'étais pas là), j'y ai pensé pour d'autres réalisations. Ton message confirme mes futurs intentions de présentations plus élargis.
RépondreSupprimerDavid